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Soutenir les post-docs
Depuis 2007, la Fondation pour la Recherche Médicale a mis en place un large appel d'offres annuel pour soutenir les post-docs français en France tout en encourageant une certaine mobilité. Elle favorise ainsi la circulation des idées et des talents. En 2007, la Fondation pour la Recherche Médicale a décidé de consacrer 2 800 000 euros à cette action.

Malgré
d'incontestables améliorations, la situation des jeunes
chercheurs dans les laboratoires français reste
préoccupante. Après une dizaine d'années
d'études, ils demeurent confrontés à ce qui
ressemble à un " parcours du combattant ", dont les
étapes - sinon les épreuves - contribuent
d'évidence à engendrer deux maux qui ont des
conséquences redoutables pour l'avenir de la recherche
médicale française : la baisse des vocations et la fuite
des cerveaux. Pourtant, tous les témoignages concordent : la
passion des chercheurs, à commencer par les plus jeunes d'entre
eux, est inentamée, car si le chemin est parfois rude, les
sacrifices comptent peu en regard des grands bonheurs de trouver et de
faire avancer la connaissance, pour guérir et soulager la
souffrance.
Le long parcours d’un jeune chercheur : entre la thèse et le poste statutaire, le post-doctorat Entre
l’obtention de leur thèse (Bac +8) et celle d’un
poste au sein d’un organisme de recherche, les jeunes chercheurs
français traversent une longue période «
transitoire » durant laquelle ils n’ont pas de statut
clairement défini : le post-doctorat. Constitué
d’un ou, le plus souvent, plusieurs « stages » au
sein de structures de recherche françaises ou
étrangères, il dure en moyenne 3-4 ans mais peut aller
jusqu’à 10 ans. Le travail de chercheur que les «
post-docs » mènent durant cette période est
primordial. Il représente en effet la base de leur
carrière, et de plus, il contribue fortement, à
l’avancée des travaux menés par les laboratoires
qui les accueillent. D’après les chiffres de l’OST
il est en effet possible d’évaluer que les postdoctorants
représentent plus d’un tiers des postes de chercheurs dans
les organismes publics de recherche français. Alors que chacun
sait bien que ces « post-docs » sont les forces vives des
laboratoires, ils doivent travailler et vivre dans une situation
financière difficile, dans l’incertitude du lendemain,
alors même qu’ils sont professionnellement à un
âge d’extrême productivité scientifique, et
personnellement en pleine construction de leur vie privée.
« Il n’y a pas de véritable statut des post-docs en
France, explique le Pr Corinne Antignac, spécialiste des
maladies génétiques rénales à
l’hôpital Necker (Paris). Après huit ans
d’études et la rédaction d’une thèse,
ils sont encore considérés comme des stagiaires, voire
des étudiants, alors que dans les pays anglosaxons ces jeunes
docteurs es sciences ont un statut à part entière de
chercheur. »
![]() Pour ceux qui sont partis à l’étranger, un retour difficile Ces véritables « aventuriers de l’ombre » sont ainsi confrontés à ce qui ressemble à un « parcours du combattant » qui passe très souvent par une expatriation de plusieurs années. Environ 70 % des docteurs es sciences partent à l’étranger, essentiellement aux Etats-Unis. Une enquête menée par la Mission pour la science et la technologie de l’ambassade de France aux Etats-Unis auprès de de leur venue outre-atlantique est le manque d’opportunité d’emploi satisfaisant en France (publication : avril 2005). S’il est indéniable qu’un stage post-doctoral effectué à l’étranger comporte de nombreux intérêts – échange des connaissances et des pratiques, création de contacts à l’international pour de futures collaborations…, les difficultés rencontrées par les chercheurs pour le retour en France constituent un véritable problème. Parmi les post-doctorants qui sont partis après leur thèse, 1 sur 5 ne rentre pas en France. Aujourd’hui chargée de recherches au CNRS à l ’Institut des neurosciences de Paris VI, Laure Rondi Reig, 38 ans, a vécu le parcours du stage à l’étranger. « Je suis partie trois ans à Boston sans mon mari. Je n’avais pas de difficulté financière, mais je partageais avec mes collègues français à l’étranger une inquiétude pour le retour. Quand on revient en France, on n’a pas de statut alors qu’à l’étranger, on existe vraiment, on a un salaire correct, on est reconnu dans la structure du laboratoire. Cer tes des efforts ont été faits, mais le postdoc français n’a toujours pas de véritable statut : il n’est plus un étudiant mais le plus souvent il n’est pas financé par l’organisme de recherche au sein duquel il travaille ; et pour cet organisme, il n’existe pas en tant que chercheur et demeure donc dans un vrai no man’s land ». Le témoignage de Laure Rondi Reig sur la difficulté du retour en France est confirmé par Emmanuel Laplantine, 37 ans, actuellement à la recherche d’un poste en France. « Après mon post-doc aux Etats-Unis, le choix de mon retour en France est avant tout familial car, sur le plan professionnel, j’aurais eu intérêt à rester là-bas. Tout y est en effet moins compliqué qu’ici ». ![]() Un avenir incertain Aux
études longues, aux difficultés de début de
carrière, au difficile retour en France vient s’ajouter
l’incertitude d’un recrutement dans les organismes de
recherche. La raison tient en particulier au trop faible nombre de
postes offerts aux concours chaque année par ces derniers :
environ 150 postes de chargés de recherches pour toutes les
disciplines, sur tout le territoire, pour l’INSERM et le CNRS.
À l’INSERM en 2007 seulement six postes de chargés
de recherches ont été créés pour les
maladies infectieuses, et cinq pour les pathologies liées au
système cardiovasculaire et respiratoire, aux muscles, aux
maladies du sang ou la formation des vaisseaux. On compte en moyenne
six candidats pour chaque poste ouvert à l’INSERM, 14
candidats pour 1 poste au CNRS et en 2006, trois ans après
l’obtention de leur diplôme, 11 % des docteurs en biologie
étaient au chômage. « Aux États-Unis, les
post-doctorants ont beaucoup de possibilités d’emplois
dans le privé, dit Corinne jeunes scientifiques faisant ou
ayant fait un post-doc en Amérique du nord, montre que la
première motivation Antignac. En France, c’est
beaucoup plus difficile car nous n’avons pas
développé une industrie puissante de la recherche. Or, on
peut faire de la recherche dans beaucoup d’autres endroits que
les filières académiques ». Quant aux salaires, une
étude de l’OCDE montre que par rapport à la France,
un professeur gagne en moyenne plus du double aux Etats-Unis et environ
40 % de plus au Canada… Comme le dit le Pr Xavier Nassif,
directeur de laboratoire à Necker-Enfants malades (Paris),
« les jeunes chercheurs sont mieux traités qu’hier
mais de grandes inquiétudes restent sur leur avenir. La
réponse n’est pas seulement dans la mise à
disposition de postes mais aussi dans l’effort à effectuer
pour leur proposer des salaires corrects et il reste beaucoup à
faire en la matière ». Les difficultés
rencontrées en début de carrière et le manque de
débouchés ne sont évidemment pas étrangers
aux deux phénomènes qui frappent la recherche
française, en particulier chez les jeunes : la baisse des
vocations et la fuite des cerveaux.
![]() La baisse des vocations Certes, la recherche est un métier de passion, souvent chevillé au corps et qui fait encore beaucoup rêver. Pourtant, les chiffres montrent une désaffection des jeunes pour les filières scientifiques. Par exemple : - En première année de l’université, les filières scientifiques ne représentaient plus en 2005 que 8,7 % des étudiants, contre 13,6 % en 1990 ; les premiers cycles universitaires ayant dans ces matières, perdu un tiers de leurs effectifs entre 1995 à 2004. - De 1995 à 2001, les effectifs des deuxièmes cycles universitaires en Sciences de la vie ont baissé de 27 %. Tous les scientifiques s’accordent à dire que ce mouvement de baisse des vocations perdure, mais comme le remarque le Pr Corinne Antignac, il n’y a aucune fatalité. « La créativité et la curiosité doivent être stimulées très tôt et nous devons essayer d’intéresser les jeunes à la science. Nous le constatons tous : les jeunes sont fascinés lorsqu’on leur fait comprendre la recherche ». La baisse des vocations, donc, pourrait être endiguée, au même titre que la fuite des cerveaux. ![]() La « fuite des cerveaux » Même
en l’absence d’un outil statistique précis et
complet sur la mobilité internationale des étudiants et
des chercheurs français, on sait que cette fuite est
réelle. On estime ainsi que 2 000 de nos chercheurs en biologie
travaillent hors du territoire national et que 20 % des jeunes
chercheurs qui partent à l’étranger ne reviennent
pas. Des statistiques de l’OCDE sur l’immigration fixent
à 16 000 le nombre de diplômés d’un doctorat,
nés en France et résidant à
l’étranger (dont 8 000 aux États-Unis, 2 400 au
Canada). Mais le phénomène est forcément bien plus
important, puisque ces chiffres ne prennent pas en compte de nombreux
pays comme le Royaume Uni, l’Allemagne, le Japon ou
l’Italie. Comme le disait en 2004 le ministre de la recherche,
François d’Aubert : « La circulation des cerveaux
est plutôt à sens unique qu’à double sens.
Les dernières données disponibles sur l’emploi
américain de haut niveau dans les sciences et la technologie
révèlent que sur les 1,5 million d’emplois de ce
type aux Etats- Unis, il y en a 24 % qui viennent d’Europe, soit
400 000 personnes ». Et personne ne doute que la
compétition entre les pays sera demain de plus en plus vive pour
attirer et retenir les étudiants et les chercheurs, et
principalement les meilleurs. Ce phénomène a
d’ailleurs été mis en avant dès 2005 par le
Commissariat général du Plan, dans un rapport du groupe
de projet Sarawasti2. Ce groupe chargé d’étudier
l’attirance de la France pour les étudiants, enseignants,
chercheurs et chercheurs étrangers mettait en évidence
l’amplification de la mobilité internationale des
chercheurs et la nécessité pour notre pays de mettre en
place des stratégies de plus en plus élaborées
afin de garantir l’attractivité de sa recherche. ![]() Les répercutions sur le fonctionnement des laboratoires aujourd’hui et demain Au total, alors que leur formation est reconnue comme excellente, la situation actuelle des jeunes chercheurs en France ressemble à un formidable gâchis, porteur de graves menaces pour la recherche médicale française. Pyramide des âges oblige, il va falloir répondre à un profond renouvellement de générations. Comme le notait le Ministre de la recherche en 2004, « l’âge moyen des chercheurs dans les établissements publics français est particulièrement élevé » et la France va être conduite à « renouveler plus de 40 % de son personnel scientifique dans les établissements publics dans les dix prochaines années ». D’autre part, les jeunes chercheurs sont un moteur fondamental de la recherche. Sans eux, les laboratoires ne pourraient pas tourner. Sur l’ensemble de la population des chercheurs, 19 % sont statutaires, 71 % sont des thésards et 10 % sont des post-doctorants. Si l’on exclut les thésards, que l’on peut considérer comme étant en formation, 1/3 des chercheurs confirmés au sein des laboratoires sont des post-doctorants. Leur rôle est crucial car leur recrutement est souvent associé au démarrage d’un nouveau projet de recherche. Toute leur activité est centrée sur la conduite de leur recherche tandis que le temps de leurs aînés est accaparé par de multiples tâches administratives ou d’enseignements. Il n’est donc pas douteux que le travail réalisé par les postdoctorants contribue fortement aux avancées les plus novatrices. Les jeunes chercheurs ne peuvent et ne doivent pas être, une main-d’oeuvre à bon marché : sans eux, la recherche française se scléroserait. C’est pour cela qu’il faut d’urgence donner un coup d’arrêt aux processus pernicieux en cours. Arrêter d’ignorer les difficultés majeures auxquelles se heurtent les jeunes chercheurs en biologie est le seul moyen d’assurer l’avenir de la recherche médicale. ![]() |


Entre
l’obtention de leur thèse (Bac +8) et celle d’un
poste au sein d’un organisme de recherche, les jeunes chercheurs
français traversent une longue période «
transitoire » durant laquelle ils n’ont pas de statut
clairement défini : le post-doctorat. Constitué
d’un ou, le plus souvent, plusieurs « stages » au
sein de structures de recherche françaises ou
étrangères, il dure en moyenne 3-4 ans mais peut aller
jusqu’à 10 ans. Le travail de chercheur que les «
post-docs » mènent durant cette période est
primordial. Il représente en effet la base de leur
carrière, et de plus, il contribue fortement, à
l’avancée des travaux menés par les laboratoires
qui les accueillent. D’après les chiffres de l’OST
il est en effet possible d’évaluer que les postdoctorants
représentent plus d’un tiers des postes de chercheurs dans
les organismes publics de recherche français. Alors que chacun
sait bien que ces « post-docs » sont les forces vives des
laboratoires, ils doivent travailler et vivre dans une situation
financière difficile, dans l’incertitude du lendemain,
alors même qu’ils sont professionnellement à un
âge d’extrême productivité scientifique, et
personnellement en pleine construction de leur vie privée.
« Il n’y a pas de véritable statut des post-docs en
France, explique le Pr Corinne Antignac, spécialiste des
maladies génétiques rénales à
l’hôpital Necker (Paris). Après huit ans
d’études et la rédaction d’une thèse,
ils sont encore considérés comme des stagiaires, voire
des étudiants, alors que dans les pays anglosaxons ces jeunes
docteurs es sciences ont un statut à part entière de
chercheur. »

Aux
études longues, aux difficultés de début de
carrière, au difficile retour en France vient s’ajouter
l’incertitude d’un recrutement dans les organismes de
recherche. La raison tient en particulier au trop faible nombre de
postes offerts aux concours chaque année par ces derniers :
environ 150 postes de chargés de recherches pour toutes les
disciplines, sur tout le territoire, pour l’INSERM et le CNRS.
À l’INSERM en 2007 seulement six postes de chargés
de recherches ont été créés pour les
maladies infectieuses, et cinq pour les pathologies liées au
système cardiovasculaire et respiratoire, aux muscles, aux
maladies du sang ou la formation des vaisseaux. On compte en moyenne
six candidats pour chaque poste ouvert à l’INSERM, 14
candidats pour 1 poste au CNRS et en 2006, trois ans après
l’obtention de leur diplôme, 11 % des docteurs en biologie
étaient au chômage. « Aux États-Unis, les
post-doctorants ont beaucoup de possibilités d’emplois
dans le privé, dit Corinne jeunes scientifiques faisant ou
ayant fait un post-doc en Amérique du nord, montre que la
première motivation Antignac. En France, c’est
beaucoup plus difficile car nous n’avons pas
développé une industrie puissante de la recherche. Or, on
peut faire de la recherche dans beaucoup d’autres endroits que
les filières académiques ». Quant aux salaires, une
étude de l’OCDE montre que par rapport à la France,
un professeur gagne en moyenne plus du double aux Etats-Unis et environ
40 % de plus au Canada… Comme le dit le Pr Xavier Nassif,
directeur de laboratoire à Necker-Enfants malades (Paris),
« les jeunes chercheurs sont mieux traités qu’hier
mais de grandes inquiétudes restent sur leur avenir. La
réponse n’est pas seulement dans la mise à
disposition de postes mais aussi dans l’effort à effectuer
pour leur proposer des salaires corrects et il reste beaucoup à
faire en la matière ». Les difficultés
rencontrées en début de carrière et le manque de
débouchés ne sont évidemment pas étrangers
aux deux phénomènes qui frappent la recherche
française, en particulier chez les jeunes : la baisse des
vocations et la fuite des cerveaux.
Même
en l’absence d’un outil statistique précis et
complet sur la mobilité internationale des étudiants et
des chercheurs français, on sait que cette fuite est
réelle. On estime ainsi que 2 000 de nos chercheurs en biologie
travaillent hors du territoire national et que 20 % des jeunes
chercheurs qui partent à l’étranger ne reviennent
pas. Des statistiques de l’OCDE sur l’immigration fixent
à 16 000 le nombre de diplômés d’un doctorat,
nés en France et résidant à
l’étranger (dont 8 000 aux États-Unis, 2 400 au
Canada). Mais le phénomène est forcément bien plus
important, puisque ces chiffres ne prennent pas en compte de nombreux
pays comme le Royaume Uni, l’Allemagne, le Japon ou
l’Italie. Comme le disait en 2004 le ministre de la recherche,
François d’Aubert : « La circulation des cerveaux
est plutôt à sens unique qu’à double sens.
Les dernières données disponibles sur l’emploi
américain de haut niveau dans les sciences et la technologie
révèlent que sur les 1,5 million d’emplois de ce
type aux Etats- Unis, il y en a 24 % qui viennent d’Europe, soit
400 000 personnes ». Et personne ne doute que la
compétition entre les pays sera demain de plus en plus vive pour
attirer et retenir les étudiants et les chercheurs, et
principalement les meilleurs. Ce phénomène a
d’ailleurs été mis en avant dès 2005 par le
Commissariat général du Plan, dans un rapport du groupe
de projet Sarawasti2. Ce groupe chargé d’étudier
l’attirance de la France pour les étudiants, enseignants,
chercheurs et chercheurs étrangers mettait en évidence
l’amplification de la mobilité internationale des
chercheurs et la nécessité pour notre pays de mettre en
place des stratégies de plus en plus élaborées
afin de garantir l’attractivité de sa recherche.